Les lectures de Stemilou ... Lire, Lire, Lire avec plaisir!!
Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir,
apaiser, mettez des livres partout
Victor Hugo
J’ai trente ans – cela fait quinze années que j’ai trente ans – et je m’appelle
Sébastien Heayes. J’aime mon nom. J’ai l’impression qu’il forme un abri, un refuge, un camouflage.
Bien entendu ce nom qui me protège n’est pas mon vrai patronyme. En réalité je me nomme David Alejandro. Mais ce nom est devenu trop difficile à porter. D’emblée, il m’expose. À toute une vie. À toute une histoire. Deux vies. Deux histoires. Celles de mes parents. Qui furent célèbres. Et dont le nom, justement, est passé à la Postérité. Et la postérité, pour ceux qui restent, ce n’est pas une vie. […]
Ça commence par une photographie. Mon histoire. C’est un jour d’hiver, ils portent tous deux un manteau, ils se trouvent sur un promontoire. Ils sont enlacés, la tête de ma mère contre le cou de mon père, Ivan Alejandro, et lui serre son épaule avec son bras, sa main.
Ils sourient. Ils sont heureux. Radieux. Ça saute aux yeux. Je suis né de cette photographie.
C’était le temps de la Splendeur des Amberson. Ils s’étaient rencontrés quelques mois auparavant à une réception du consulat de France à Los Angeles.
Et maintenant, ils vivaient en France, mariés, amoureux. Il y a trop d’amour dans cette photo. Trop de promesses de bonheur. Ils semblent résolument à l’abri des coups de griffes des fauves de la vie. Je la garde, bien cachée, au fond d’un placard. Cette photographie. Je ne peux pas les voir. Pas les voir ainsi, quand on pense à tout ce qui s’est passé après. Elle fait trop mal cette image, cette icône.
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