Les lectures de Stemilou ... Lire, Lire, Lire avec plaisir!!
Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir,
apaiser, mettez des livres partout
Victor Hugo
Jan Karski – Yannick Haenel
J’ai parlé, on ne m’a pas écouté ; je continue à parler, et peut-être m’écouterez-vous ; peut-être entendrez-vous ce
qu’il y a dans mes paroles, et qui vient de plus loin que ma voix ; peut-être que dans ce message qu’on m’a transmis il y a plus de cinquante ans, quelque chose résiste au temps, et même à
l’extermination ; peut-être, à l’intérieur de ce message, y a-t-il un autre message. C’est pourquoi je continue, chaque nuit, à me consacrer à ces phrases. Et si je vous parle de ma vie,
c’est avant tout de ces phrases que je parle – de la manière dont elles ont donné forme à mon existence, dont elles m’ont fait naître une seconde fois. Moi, Jan Karski, né en 1914 à Lodz, en
Pologne, dans la pire ville du pays au monde, un pays mal-aimé, maltraité, je n’oublie pas, je continue obstinément à ne pas oublier.
C'est l'histoire d'un messager. Un homme quia désespérément tenté de délivrer un message, et qui, faute d'être entendu, n'en a lui-même jamais été délivré. En 1942, Jan Karski,
courrier de la Résistance polonaise auprès du gouvernement exilé à Londres, a pénétré dans l'enfer du ghetto de Varsovie. Ce qu'il y a vu, bien qu'innommable, il a promis de le raconter afin que
le monde réagisse.
En Angleterre, aux Etats-Unis, auprès du président Roosevelt, il a répété mot pour mot le discours de ceux qui lui avaient fait traverser le Styx : les Alliés doivent sauver ce qu'il reste du peuple juif. C'est le livre d'un messager. Yannick Haenel s'est effacé derrière Jan Karski, comme celui-ci derrière la parole à transmettre. L’auteur dévoile son personnage lentement, sobrement. On le voit d’abord derrière un écran, témoin de la Shoah, filmé par Claude Lanzmann. Un vieil homme horrifié qui disparaît derrière sa voix. Puis on l'approche : témoin de l'extermination des Juifs, puis de l'indifférence du monde libre. C'est le Karski tel qu'il se raconte dans un récit paru en 1944. Enfin, enfin seulement, la fiction arrive. Terrassé par d'interminables insomnies, hanté par les morts qu'il n'a pas su éviter, l'ancien résistant remonte le temps et détricote l'histoire -. Pourquoi les Alliés n'ont-ils rien fait pour éviter la destruction des juifs d'Europe ? Violente, saccadée, poétique, colérique, profondément humaine, la voix de Karski s'élance alors. C'est celle d'un héros sombre et solaire, un Juste catholique qui n'a jamais cessé de réciter son message comme on récite le kaddish - la prière juive des morts.
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