Les lectures de Stemilou ... Lire, Lire, Lire avec plaisir!!
Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir,
apaiser, mettez des livres partout
Victor Hugo
Une femme normalement constituée ne s'arrête jamais de penser, se prenant le chou jusqu'à se perdre dans les méandres
tarabiscotés de considérations qui mélangent, comme torchons et serviettes, et jusqu'à la migraine, sujets graves et idées futiles. Le cerveau d'une femme livré à la routine des tâches
quotidiennes et aux aléas capricieux de la vie, c'est un merveilleux bazar dont l'Anglaise 100 % malice Fiona Neill, qui vit à Londres avec mari et trois enfants, nous ouvre grand les
écoutilles.
CERTES, depuis "Desperate Housewives", plus personne n'ignore que derrière la parfaite apparence de normalité de la
ménagère épanouie se dissimulent d'invraisemblables potentiels de folie furieuse. Certes, le talent littéraire de Fiona Neill relève plus de la sitcom journalistique que d'A la recherche du temps
perdu. Mais ce qui demeure assez sidérant, c'est l'humour indéfectible auquel elle se livre pour ausculter la condition féminine sous les tropiques de notre civilisation égarée, même si elle est
loin d'être la première. Si le bilan du féminisme est mitigé, il y a au moins une conquête majeure: les femmes ont de l'esprit et s'en servent, se délectant des délices de l'autodérision, luttant
pied à pied, avec un humour inépuisable, contre l'esprit de sérieux qui agite bien souvent leurs partenaires masculins. Comme un mix de Lynette et de Susan dans "Desperate", Lucy est la mère
éreintée de trois garçons, souffrant de désorganisation chronique et gaffeuse de première, acculée à son impuissance par le tsunami de tâches minuscules mais innombrables qui scandent sa vie.
Lucy exprime cette part des femmes qui "n'y arrive pas", celle qui se voit toutes les trois secondes sauter dans un avion pour disparaître à jamais de la circulation... Ce qui ne l'empêche pas de
ne pouvoir s'empêcher de fantasmer sur un père au foyer sexy qu'elle croise à l'école, tout en continuant à aimer sincèrement son mari, aussi maniaque qu'elle est bordélique.
INVERSEMENT proportionnels en intensité à la banale étroitesse de sa vie, les bourdes et le ressassement mental de Lucy constituent une épopée à mourir de rire. Son livre est également un recueil de coups de griffes finauds à l'époque. Finalement, ce que ces dames occidentales auront réalisé en quelques décennies, c'est de transformer l'antique plainte féminine en comédie burlesque. Pas si mal. Ce qui ne veut pas dire qu'elles ne sont pas toujours aussi lessivées.
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