Les lectures de Stemilou ... Lire, Lire, Lire avec plaisir!!
Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir,
apaiser, mettez des livres partout
Victor Hugo
Ne cherchons pas trop loin. Tout ce que le monde compte de plus étrange, de
plus dépaysant, de plus exotique, se trouve à droite au fond de votre couloir ou, au pire des cas, dans la rue d'à côté. Et tout ce que le monde possède de plus fantastique se trouve en
nous-mêmes. Dans les trois romans de ce mois-ci, tout est affaire de maison et de raison. De fondations branlantes et de déraison, plutôt. La maison des sept jeunes filles de Simenon est une
variété tragi-comique de course à la dot vue du côté féminin. Soit sept soeurs élevées par une mère dingo et un père gentil mais faible, voulant sauver la maison familiale d'une saisie imminente
en se «vendant», pour certaines d'entre elles, au plus offrant: le marchand de fromages et le fils d'un général au garde-à-vous en toutes circonstances. Mais, bien sûr, le dispositif meurtrier
imaginé par Simenon ignore les règles élémentaires de la passion: les deux hommes ne sont que des marionnettes que se refilent comme des patates chaudes les vierges de ce gynécée en folie...
Seule la maison aura le de
rnier mot. S'il n'y a pas mort d'homme, il y a mise à mort de
l'idéal masculin, ce qui semble réjouir l'auteur, autoproclamé amant aux dix mille femmes...
A l'effroi de la vie conjugale, au lent pourrissement de l'idéal
amoureux, au temps venu des remugles du ressentiment, le très bourgeois Charles Benesteau a préféré déserter le domicile conjugal pour une sorte de Trappe au fin fond du 14e arrondissement de
Paris, lorsque ce quartier était encore un cloaque pour ouvriers ou indigents. Dans Le pressentiment, ce parfait roman sans scories, Bove s'attache à nous dépeindre une ombre flottante entre deux
mondes, et qui pourrait être son double, avançant dans
la solitude extrême vers une mort chuchotée. Ce «magnifique être de refus», comme
le montre Marie Darrieussecq dans sa préface, a trouvé dans son petit appartement triste un miroir à sa propre existence, niée, effacée jusqu'à la crête de l'abîme où il semble enfin avoir
atteint la sérénité.
La mort, ou ce qui la préfigure, la vie dans sa lumière pâle écrasée sous un linceul de tentures lourdes, c'est bien sûr le thème courant les pages des Papiers de Jeffrey Aspern de Henry James. Un érudit convoite par tous les moyens les manuscrits sans prix d'un génie littéraire mort très jeune et conservés par sa ravissante maîtresse que l'avalanche des années a transformée en ruine effrayante. La nièce, une vieille fille très bas-bleu, va être l'instrument sordide du rapt des précieux documents... à moins que... mais chut! Chez James, la méthode policière n'est qu'un prétexte à enquêter sur le livre qu'il est en train d'écrire. Les précieux papiers libèrent l'encre sympathique du texte qui se déroule devant nous dans sa splendeur de mots ouvragés comme un motif dans un tapis.
Derniers Commentaires