Les lectures de Stemilou ... Lire, Lire, Lire avec plaisir!!
Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir,
apaiser, mettez des livres partout
Victor Hugo
Entre 1936 et 1940, Fitzgerald vient de passer le cap de la quarantaine et il vit ses quatre dernières années, du côté d’Hollywood. Derrière lui, il y a les éblouissements de la dolce
vita et de la gloire. Devant lui, il y a les ténèbres, la promesse d’un inéluctable naufrage. Il est malade, usé par l’alcool, torturé par l’état désastreux de Zelda. A ce moment-là, leur fille
unique Frances – Scottie – traverse l’adolescence dans un collège de la côte ouest, et se prépare à rentrer à l’université. Son enfance fut une fête somptueuse, mais le rêve s’est terni. Elle
n’est plus qu’une jeune américaine comme les autres, parce que les dollars et les paillettes se sont définitivement envolés.
Et pourtant, dans ce purgatoire, Fitzgerald aura assez de force, assez de lucidité pour jouer les anges gardiens : il écrit à sa fille des lettres poignantes, qui sont celles d’un vrai père. Un père inquiet pour l’avenir de Scottie, qui lui fait confiance, qui sait être son complice, qui partage ses soucis sans lui imposer les siens, qui lit les livres qu’elle a aimés, qui reconnaît ses propres erreurs, et qui ne triche jamais. Toujours prêt à envoyer à Scottie un maigre chèque, malgré la dèche, Fitzgerald reste incroyablement tendre avec elle. « Je ne veux pas que tu perdes ta gaieté, ni ton sérieux », lui dit-il un jour. Plus tard, il lui donne même des conseils d’écrivain : »Si tu tiens un journal, sois naturelle et vraie, et que le ton soit juste. »
Si ces lettres surprennent tant, c’est parce que l’auteur de Gatsby le Magnifique s’échine à offrir à sa fille de véritables leçons de vie, malgré ses échecs personnels. « Sur les ruines de son existence, il bâtit pour les années à venir un nouveau défi pour cette adolescente qui sera, il le veut, sa victoire et sa rédemption ». Et aux missives de Scott, Scottie répondra par d’autres missives pleines d’humour, d’insolence enfantine, sans jamais être contaminée par les maux qui rongent le corps et l’âme de son père. Lequel, dans son ultime enveloppe, en décembre 1940, glissera ces mots terribles : « Tu as pour père et mère deux exemples éclatants à ne pas imiter. Il te suffira de faire tout ce qu’ils n’ont pas fait et tout ira à merveille. »
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